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Nicolas Metzdorf, nouveau président de l’APICAN

Agé de 27 ans, Nicolas Metzdorf est le plus jeune élu du congrès. Originaire de Poya et ingénieur agronome de formation, il préside depuis mai 2014 la commission du Développement Rural de la province Sud. Très attaché à la brousse et à ses habitants, il a été nommé en aout dernier à la tête du conseil d’administration de l’APICAN, un établissement public chargé – entre autre – de la prévention et de l’indemnisation des dommages causés par les calamités naturelles dans le secteur agricole. Entre prise de fonction, plan de prévention pour les agriculteurs et risque du retour d’El Niño, le nouveau président de l’APICAN dresse son calendrier d’actions.

Agriculture.nc : Pouvez-vous nous présenter ce qu’est exactement l’APICAN ?

Nicolas Metzdorf : Tous les éleveurs calédoniens le connaissent et pour cause. Il s’agit d’un établissement public important de la Nouvelle-Calédonie qui dispose de son budget propre. Il a essentiellement pour mission de contribuer à la prévention et à l’indemnisation des agriculteurs en cas de calamités ou de catastrophes naturelles. En cas de cyclone par exemple, ou encore de sècheresse, d’inondation mais aussi dans le cas d’une contamination, l’agence vient en aide aux professionnels du secteur. A l’origine, elle le faisait après le sinistre mais, de plus en plus, nous essayons d’améliorer notre politique de prévention de façon à diminuer les risques en amont, avant que les problèmes ne se posent. En ce sens, il m’appartient de formuler auprès du gouvernement et des élus du congrès toute proposition de modification des réglementations en vigueur afin d’améliorer le service rendu.

C’est ce que vous venez de faire au congrès en votant une modification des statuts de l’agence ?

Nicolas Metzdorf : Exactement. Le gouvernement a présenté un texte permettant à l’APICAN de prendre en compte le vol du bétail. Le braconnage est un problème majeur pour les éleveurs. Rien que l’année dernière c’est 80 bêtes qui ont été abattues sur la Grande Terre et c’est autant de revenus perdus pour la filière. Or, celle-ci est la moins rémunératrice du secteur agricole, qui est lui-même le moins rémunérateur de l’économie calédonienne. Le nouveau dispositif qui a été adopté permettra aux éleveurs de retrouver une certaine marge de manœuvre en les indemnisant. Pour autant, c’est une solution à court terme et je ne pense pas qu’il faille la prolonger. C’est pour ça qu’il a été demandé à nos services de construire un partenariat avec GROUPAMA pour que le vol de bétail puisse être bientôt, lui-aussi, soumis à un régime d’assurance. Pour accompagner les éleveurs, nous prendrons alors en charge une partie des frais d’assurance ce qui devrait les encourager à se protéger. Prévenir, aider et répondre aux besoins des agriculteurs, c’est ça aussi la mission de l’APICAN.

A courts termes, quelles actions avez-vous décidé d’enclencher ?

Nicolas Metzdorf : Au-delà des problématiques foncières et des difficultés économiques dont tout le monde est bien conscient, dès que je suis sur le terrain, on me parle du rapport avec les pouvoirs publics. Face aux défis qu’ils rencontrent, les agriculteurs n’ont souvent pas le temps ou parfois pas les bons outils pour communiquer avec les administrations dont dépendent une part importante de leur activité. Ocef, Erpa, Apican, provinces ou encore Davar…, le mille-feuille institutionnel et législatif est souvent un frein à l’accès aux aides ou à l’information. Un éleveur me disait récemment qu’il ne savait plus à qui s’adresser. C’est pourquoi je pense qu’il faut capitaliser sur le succès du dispositif « Urgence Sècheresse » en vue de l’étendre à toutes les autres aides agricoles. L’idée est de construire un guichet unique comme cela se fait dans d’autres secteurs afin de centraliser les informations et les demandes d’accompagnement. Durant l’été, le système avait bien répondu aux besoins, nous allons donc essayer de le développer : il faut partir du principe qu’un éleveur mieux préparé peut se prévenir plus facilement des aléas climatiques. Des outils numériques existent, il n’y a pas de raison que les agriculteurs ne puissent pas eux-aussi en bénéficier.

Les météorologues prédisent un retour de El Nino cet été et une saison chaude aux répercussions terribles pour l’agriculture. Quelles mesures allez-vous prendre face à la sécheresse si elle devait advenir ?

nicolas metzdorf new president apicanNicolas Metzdorf : Le dispositif « Urgence Sècheresse » a démontré son efficacité et nous sommes prêts à le reconduire à tout moment. De plus, un dispositif de soutien à l’achat de balles de foin vient d’être mis en place afin de fournir du fourrage aux éleveurs en cas de besoin. A plus long terme, il est primordial de travailler sur la ressource en eau. Pour cela, j’ai demandé qu’avec les différentes collectivités nous engagions des travaux d’envergure afin – là où ça sera nécessaire – d’équiper les communes en petits barrages, eux-mêmes capables de fournir des réserves d’eau conséquentes aux agriculteurs. C’est pourquoi je plaide pour un plan d’action global à l’échelle du pays. Celui-ci aura un coût d’investissement important évidemment, mais sans véritables réserves hydriques d’envergure nous ne pourrons pas développer l’agriculture et l’élevage comme nous entendons le faire aujourd’hui.

A plus long terme, quels sont vos autres objectifs ?

Nicolas Metzdorf : L’agriculture est essentielle pour le pays : elle nous permet d’être moins dépendants des importations, elle procure des revenus aux populations de Brousse et elle contribue à l’aménagement du territoire. Schématiquement, l’agriculteur a besoin de deux choses : du foncier et de l’eau. Il faut donc impérativement ouvrir le foncier disposant d’un potentiel agricole à ceux qui souhaitent produire. En 10 ans la moyenne d’âge des chefs d’exploitations a augmenté et ces derniers n’ont toujours pas de système de retraites. Alors quand un agriculteur ne peut plus travailler du fait de son âge et qu’il n’a pas de successeur, il est contraint de vendre sa terre, ce qui constitue ainsi sa retraite. Malheureusement le repreneur n’est souvent pas agriculteur car ces derniers n’ont pas la capacité financière pour acquérir autant de foncier. Ce sont donc des investisseurs qui font de la terre soit un investissement immobilier soit un terrain de loisir. Ce qu’il faut donc réussir à faire c’est installer des agriculteurs sur du foncier agricole. A mon sens la solution passe par la location longue durée qui procure des avantages à la fois au propriétaire et au producteur. Avec un juste prix le propriétaire aura une retraite convenable et le producteur un foncier qui lui soit accessible. C’est pourquoinous avons déposé sur le bureau du congrès une proposition de loi portant création des baux ruraux en Nouvelle-Calédonie qui doit permettre et faciliter les transactions foncières. C’est un dispositif qui est attendu depuis longtemps et qui, je l’espère, permettra à nos producteurs de retrouver du capital valorisable.

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